Agriculture et alimentation, de révolution en révolution

 

Le siècle de Louis XIV, encore appelé Grand Siècle, ne fut pas un siècle agricole : la faiblesse de la production y fut chronique. Le XVIIIe siècle, en revanche, fit de l’agriculture une préoccupation majeure portée d’abord par des économistes, les encyclopédistes, des penseurs politiques et des innovateurs. Avec la conviction que le progrès était possible, des aristocrates éclairés se sont employés à faire en sorte que la terre soit pour le royaume source de richesse et de prospérité. La science de l’agronomie émergea, mobilisant des botanistes, des chimistes, des ingénieurs, des cultivateurs… Et l’on vit la production augmenter faiblement mais régulièrement. Le XIXe siècle vit se former une classe de paysans propriétaires, succédant aux laboureurs de l’Ancien Régime et soucieux d’assurer en priorité la subsistance de leur maisonnée. L’agriculture devint un des enjeux premiers de l’édification de l’esprit républicain. Grâce à une jeunesse paysanne assoiffée d’émancipation et de progrès, impatiente d’accéder à la modernité, le XXe siècle a connu une nouvelle révolution agraire qui fit de la France une très grande puissance agricole après des siècles de pénurie et de dépendance. Cette révolution fut tout à la fois technique, culturelle, politique, démographique, commerciale…

 

L’historien Fernand Braudel a pu la qualifier de « Grand chambardement de la France paysanne » ; « À mes yeux, écrit-il, c’est le spectacle qui l’emporte sur tous les autres dans la France d’hier et plus encore d’aujourd’hui… quand il reprendra, cet essor sera plus constructeur et destructeur qu’il n’a été ».

Fernand Braudel / « L’Identité de la France », Paris, Flammarion, 1986, p.427